Assurer la sécurité alimentaire face aux changements climatiques

pa Hideki Kanamaru*

 


 

Introduction

bleL’homme a appris à vivre avec la variabilité climatique à différentes échelles de temps, de quotidienne à décennale. Cependant, la variabilité climatique dont nous avons l’habitude évolue rapidement, assortie d’une élévation des températures moyennes mondiales due à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Les pauvres des pays en développement, qui ont déjà des difficultés à s’adapter à la variabilité actuelle du climat, deviendront encore plus vulnérables. Bien qu’ils fassent partie de ceux qui contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre, ils doivent apprendre à s’adapter aux changements climatiques avec peu de ressources techniques ou financières.

Dans le présent article, nous examinons d’abord les multiples aspects de la sécurité alimentaire à la lumière du changement climatique avant d’étudier ses effets sur la production agricole à différentes échelles de temps. Il faut que les petits exploitants s’adaptent au plus vite à la variabilité climatique s’ils veulent assurer leur sécurité alimentaire, alors que les prévisions climatologiques et l’évaluation de l’incidence des variations climatiques à plus longue échéance servent de base aux mesures d’adaptation. Ce sujet, illustré par l’exemple d’une étude réalisée au Maroc, est traité en mettant l’accent sur le recours à la prévision et à l’information climatologiques. En conclusion, nous examinons des mesures d’adaptation et d’atténuation, souvent complémentaires dans le secteur agricole.

Sécurité alimentaire et évolution du climat

L’évolution du climat, par l’incidence qu’elle a sur les besoins fondamentaux de l’homme – notamment s’alimenter, se vêtir et se loger –, détermine les moyens de subsistance des pauvres comme des riches. Les quatre composantes de la sécurité alimentaire que sont la disponibilité alimentaire, l’accès à l’alimentation, l’utilisation de la nourriture et la stabilité des systèmes de production alimentaire sont au cœur du mandat confié à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Si toutes les quatre sont concernées par le climat (FAO, 2008a)), la première (des cultures aux produits animaux, aux produits de la mer et de l’aquaculture ainsi qu’aux produits ligneux et non ligneux des forêts) est la plus intimement liée au climat et à ses changements. Même lorsque la production est suffisante, si un système d’allocation des vivres, qu’il soit ou non régi par le marché, est perturbé, l’accès à l’alimentation est compromis et la sécurité alimentaire menacée. On assiste, dans nombre de pays de la planète, à une urbanisation rapide, ce qui crée une catégorie de citadins pauvres qui, ne pratiquant pas eux-mêmes l’agriculture, sont donc très vulnérables aux changements climatiques.

Les projections faisant état d’une augmentation des ravageurs et des maladies due à l’évolution du climat ont des répercussions importantes sur la nutrition. Les cultures, le bétail, les poissons et les hommes seront exposés à de nouveaux risques. Quand la santé des êtres humains est compromise, notamment celle des femmes qui préparent les repas pour leur famille, l’aptitude à utiliser efficacement la nourriture diminue terriblement. La sécurité alimentaire peut aussi être menacée par la dégradation des conditions d’hygiène entourant la préparation des repas, si les ressources en eau douce ou les capacités de stockage des aliments se font plus rares du fait du réchauffement du climat. La malnutrition peut aussi s’aggraver par suite de la disparition progressive de la biodiversité et d’une dépendance excessive à l’égard de quelques aliments de base.

 
carte du monde
 
Evolution (en %) de la production primaire nette (PPN) de biomasse par habitant (situation en 2030 par rapport à la moyenne des années 1961-1990; données rassembées et ajustées par la Division de l’environnement, des changements climatiques et de la bioénergie de la FAO sur la base des «World maps of climatological net primary production of biomass, (NPP)» (2006) disponibles à l‘adresse suivante: http://www.fao.org/NR/climpag/globgrids/NPP_en.asp.

L’évolution de la variabilité climatique a des conséquences directes sur la stabilité des systèmes de production alimentaire. L’accroissement de la fréquence et du nombre de phénomènes extrêmes comme la sécheresse ou les inondations menacerait gravement cette stabilité, que les effets s’en fassent sentir au niveau national ou par le biais du marché alimentaire mondial. La fréquence et l’ampleur des situations d’urgence alimentaire pourraient s’intensifier à la suite d’interactions complexes entre conflits politiques et migrations sur fond de concurrence accrue pour se procurer des ressources limitées.

Incidences sur le potentiel de production agricole à l’échelle mondiale

Disponibilité alimentaire et production agricole dans un contexte de changements climatiques font l’objet du chapitre 5 («Food, fibre and forest products») du deuxième volume du quatrième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, 2007) ainsi que de plusieurs autres études publiées depuis lors (Cline, 2007;  Lobell et al., 2008, par exemple).

En règle générale, le rendement des cultures augmentera dans les régions froides, où les basses températures limitent actuellement leur croissance. Par contre, dans les régions chaudes, le stress thermique auquel seront soumises les cultures et les ressources en eau entraînera une baisse des rendements. La production alimentaire pourrait augmenter au niveau mondial, mais il faut s’attendre à un bilan globalement négatif si les températures nocturnes et les moyennes s’élèvent de plus de quelques degrés Celsius.

Cette incidence négative possible sur la production alimentaire mondiale devrait être aggravée par les contraintes liées à l’accroissement prévu de la population dans la plupart des pays en développement. C’est ce qu’illustre un diagramme de la production primaire nette (PPN) de biomasse – un indicateur biophysique du potentiel de production agricole – tiré d’une étude récente de la FAO qui a permis d’établir une typologie des pays vulnérables aux changements climatiques (voir figure). À partir de projections portant sur les températures, les précipitations et la population, on a calculé la production primaire nette par habitant en 2030. Sur la base de facteurs purement biophysiques, géophysiques et démographiques, il semblerait que seuls une partie de l’Europe, la Fédération de Russie et le Japon pourraient bénéficier d’une hausse de la productivité due au réchauffement au cours des deux prochaines décennies.

Les projections faites à l’échelle nationale n’ont toutefois qu’un intérêt limité pour la sécurité alimentaire des populations rurales. En effet, alors qu’on prévoit une hausse des températures sur la presque totalité du globe, les modifications du régime des précipitations varient considérablement d’une région à l’autre et au niveau infranational du fait du relief et de la proximité plus ou moins grande de masses d’eau. S’agissant de la projection relative à la PPN présentée à la figure ci-dessus, les sorties de modèles du climat mondial à des points de grille d’environ 2,5° x 2,5° ont été interpolées à l’ensemble du territoire de chaque pays. Les petits pays étant parfois totalement inclus dans une seule cellule de ces sorties de modèle, il convient d’interpréter les résultats les concernant avec prudence; il n’est probablement d’aucune utilité de comparer l’ampleur relative des changements qu’ils subissent avec celle se rapportant à d’autres petits pays limitrophes.

Incidences sur la production végétale au niveau infranational

Afin d’évaluer la sécurité alimentaire en fonction des changements climatiques pour ce qui concerne les petits pays et les différentes populations au sein d’un même pays, il est plus que jamais indispensable de disposer de renseignements sur le climat à une petite échelle spatiale. Pour élaborer des mesures d’adaptation aux changements climatiques, on a besoin d’informations climatologiques à une échelle spatiale plus petite, que l’on pourra incorporer dans des modèles d’évaluation des incidences du climat tels que la simulation des cultures. Il faut des données climatiques historiques de bonne qualité pour étalonner les modèles d’impact et les projections futures relatives au climat en vue de calculer les valeurs futures du rendement des cultures.

Dans le cadre d’un projet de la Banque mondiale consacré aux changements climatiques (Gommes et al., 2009), la FAO a récemment mené une étude sur les incidences de ces changements sur la production végétale du Maroc jusqu’à la fin du siècle. Cette étude porte sur six zones agroécologiques, 50 cultures et deux scénarios en matière de changement climatique.

Un certain nombre d’expériences ont permis de démontrer que l’augmentation de la concentration de dioxyde de carbone avait un effet positif sur la croissance et le rendement des plantes. On a toutefois constaté que la fertilisation par le dioxyde de carbone ne serait que très peu bénéfique aux futures cultures marocaines en raison du stress hydrique auquel les cultures pluviales sont exposées. En revanche, l’agriculture marocaine peut encore bénéficier de progrès technologiques tels que l’amélioration de l’efficacité des systèmes d’irrigation, des obtentions végétales et de l’efficacité de l’utilisation des engrais. En y mettant le prix, l’agriculture peut s’adapter en surmontant certains des effets négatifs des changements climatiques.

Utilisation des informations climatologiques pour réaliser des évaluations d’impact

L’étude faite au Maroc a utilisé des projections climatiques soumises à une réduction d’échelle statistique. L’augmentation de la puissance de calcul et les progrès réalisés dans la recherche scientifique permettent d’utiliser des modèles climatiques régionaux (MCR) pour fournir des informations climatologiques à une échelle spatiale plus petite. Un modèle dynamique régional peut produire des projections de toutes les variables climatiques qui soient cohérentes les unes par rapport aux autres du point de vue physique, dynamique et hydrologique. Alors que les modèles climatiques mondiaux peuvent effectuer des simulations multi-décennales avec un espacement de grille de plus de 100 kilomètres, les modèles climatiques régionaux peuvent aller jusqu’à un espacement de grille de 10 kilomètres, voire moins. À cet égard, l’initiative de l’OMM visant à mettre en place des centres climatologiques régionaux (CCR) en mesure de fournir un large éventail d’informations sur le climat à l’échelle régionale constitue une démarche bienvenue.

Au cours de l’étude marocaine, il a maintes fois fallu, pour interpréter un résultat, comprendre correctement les données climatologiques et la propagation des erreurs dans les modèles de culture. Afin de favoriser l’utilisation correcte des données climatologiques, il faudrait encourager plus activement les rapports entre les climatologues et les chercheurs qui travaillent sur les applications des effets physiques et sociaux. En effet, les modélisateurs du climat doivent mieux comprendre les besoins des utilisateurs finals concernant, entre autres, les variables requises, le format des données, la fréquence temporelle, l’échelle spatiale et la durée de la période des données. Surtout, les climatologues sont chargés de donner des conseils sur la façon d’utiliser correctement les données dans les applications et d’interpréter les résultats des modèles d’impact. Les chercheurs dans le domaine des études d’impact, de leur côté, doivent veiller à ce que les données climatologiques soient utilisées aux fins auxquelles elles ont été conçues et comprendre précisément les hypothèses et l’incertitude qui leur sont associées.

Les populations vulnérables sont concentrées dans les zones arides et semi-arides, les projections concernant l’accès à l’eau douce dans le contexte des changements climatiques étant une variable essentielle à l’évaluation de la production agricole. Or il s’avère que les modèles climatiques mondiaux ne sont pas forcément d’accord avec les projections relatives à la direction de l’évolution des précipitations sous les basses à moyennes latitudes, lesquelles coïncident avec une zone de climat aride abritant des populations vulnérables et une agriculture pluviale. La région méditerranéenne, y compris le Maroc, est l’un des rares endroits où la plupart des modèles s’accordent pour reconnaître que les précipitations diminueront à l’avenir. Pour évaluer la sécurité alimentaire dans les régions où les modèles ne sont pas bien armés pour faire des projections relatives aux précipitations, il convient de redoubler de prudence dans le choix des modèles climatiques et des sorties de modèles à utiliser. On peut en effet parvenir à des conclusions radicalement différentes quant à l’évolution future de l’agriculture pluviale en utilisant des données provenant de modèles climatiques différents.

Cela vaut également pour les scénarios d’émission. Il est possible d’obtenir un large éventail de projections futures en fonction du niveau de développement socio-économique. Il faut tenir compte de cette incertitude dans les résultats obtenus par un modèle de culture à partir de sorties de modèles climatiques. Ceux-ci ne sont pas censés prévoir l’avenir avec précision mais plutôt indiquer quelles seront les réactions des systèmes climatiques compte tenu des modifications du forçage. Une baisse de 20 % du rendement de l’orge à un endroit donné d’ici à 2030 n’est exacte que si les hypothèses formulées dans le cadre du scénario d’émission et un certain nombre d’hypothèses concernant les modèles climatiques et les modèles de culture sont correctes. Accorder une trop grande confiance aux modèles d’impact pourrait empêcher de mettre au point des mesures d’adaptation judicieuses.

Le Centre de diffusion de données du GIEC offre un large éventail de résultats de projections obtenus à partir d’une série de modèles climatiques  et de scénarios d’émission. Les études d’impact manquent toutefois souvent des ressources nécessaires pour utiliser toutes les données disponibles. Le coût de ces études est lié à la nécessité de réduire l’échelle des données pour parvenir à une résolution spatiale exploitable. La plupart des modèles de réduction d’échelle (modèle statistique ou modèle climatique régional) sont conçus pour utiliser les résultats de deux modèles climatiques mondiaux seulement. Les ressources informatiques sont limitées. Si les études d’impact ne peuvent pas se permettre d’utiliser les résultats de multiples scénarios d’émission et modèles climatiques mondiaux, il convient d’interpréter avec soin ceux des modèles d’impact. Si la zone considérée ne possède pas de bonnes compétences en matière de précipitations, il est préférable de s’en remettre à des études de sensibilité pour voir l’incidence qu’ont des variations des précipitations de différentes grandeurs (allant d’une diminution à une augmentation).

Dans l’exemple marocain, l’une des principales hypothèses est que les pratiques agricoles actuelles demeureront inchangées à l’avenir. Or nous doutons fort que cette hypothèse se vérifie jusqu’à la fin du siècle. Ce qui nous intéresse davantage, c’est l’avenir proche, disons jusqu’en 2030, afin de concevoir des mesures d’adaptation convenant aux conditions locales et des prévisions climatiques et de commencer à les appliquer. Le signal de l’avènement d’un changement climatique pouvant se dissimuler derrière une importante variabilité climatique, il peut être utile, lors des prochaines décennies, de faire des prévisions pour 2100 et de les ramener par interpolation à 2030. Toutefois, il ne faut pas interpréter de manière littérale même les prévisions relatives à la production végétale pour la fin du siècle, comme nous ne manquerons pas de le constater si l’on songe à l’image qu’offrait l’agriculture il y a 100 ans.

Alors que l’horizon temporel sur lequel nous devrions nous concentrer, du point de vue de la sécurité alimentaire et de l’adaptation au climat, est celui des 20 prochaines années, les prévisions climatiques à cette échéance sont à la fois imparfaitement comprises et limitées. À cet égard, le choix du thème de la troisième Conférence mondiale sur le climat est parfait. Les climatologues ont commencé à s’attaquer à ce grave problème. Le renforcement des compétences en matière de prévision climatique décennale, associé aux réductions d’échelle, permettra de disposer d’informations plus valables pour procéder aux évaluations d’impact touchant à la sécurité alimentaire telles que simulation de culture ou modélisation des bassins versants, entre autres.

Stratégies d’adaptation dans le secteur agricole

Quels que soient les engagements pris au niveau international pour réduire les gaz à effet de serre, un certain degré de changement climatique est inévitable. La température moyenne à la surface du globe devrait continuer d’augmenter pendant au moins quelques dizaines d’années. Il est urgent, en particulier pour les pays en développement, de s’adapter aux changements climatiques. Des activités menées en commun par la FAO et l’OMM, qui consistent à organiser des ateliers internationaux dans différentes régions – comme le Colloque international sur les changements climatiques et la sécurité alimentaire en Asie du Sud (Dacca, Bangladesh, août 2008) ou l’Atelier international sur l’adaptation au changement climatique en Afrique de l’Ouest (Ouagadougou, Burkina Faso, avril 2009) –, rassemblent des représentants des Services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN), des ministères de l’agriculture ainsi que d’organisations régionales et internationales venus débattre des stratégies d’adaptation aux changements climatiques à mettre en œuvre à l’échelle régionale et formuler des recommandations pertinentes à l’intention des régions vulnérables.

Les études d’impact évoquées dans les précédentes sections informent les décideurs des régions et des secteurs vulnérables afin qu’ils puissent planifier des mesures d’adaptation. La FAO aide, en leur fournissant une assistance technique, les paysans pratiquant une agriculture de subsistance à se doter de moyens qui leur permettent de mieux s’adapter aux changements climatiques. Disons, pour commencer, qu’il reste encore beaucoup à faire pour réduire la vulnérabilité à la variabilité actuelle du climat. En l’occurrence, l’adaptation aux changements climatiques a beaucoup de points communs avec la gestion des risques de catastrophe.

Un projet en cours de la FAO au Bangladesh adopte une approche globale en matière d’adaptation des modes de subsistance en prenant, au niveau local, les mesures pratiques suivantes: meilleure gestion agronomique, diversification des revenus, renforcement des services de vulgarisation et essai des techniques d’adaptation recommandées. Les agriculteurs pourraient s’adapter en modifiant le calendrier des semis et en choisissant des variétés mieux adaptées à un climat plus chaud et plus sec ou plus humide. L’utilisation accrue d’engrais permettrait d’accroître le rendement par unité de surface. Une bonne irrigation et une gestion efficace des bassins versants réduiraient le stress hydrique, susceptible de s’aggraver en période de changement climatique.

L’utilisation concrète des données et prévisions climatiques, notamment des prévisions saisonnières, peut grandement améliorer la résistance des systèmes de production agricole. Les agents de vulgarisation  aident les agriculteurs à mettre en pratique de nouvelles techniques et méthodes agricoles. S’adressant avant tout aux agents les plus proches des agriculteurs sur le terrain, la FAO met au point un outil d’apprentissage en ligne destiné à aider les communautés à s’adapter aux changements climatiques dans l’agriculture. Ce cours, qui peut être utilisé en classe ou en autoformation, enseigne les bases du changement climatique et aide les apprenants à planifier progressivement des mesures d’adaptation.

Mesures d’atténuation: la fixation du carbone

Nombreuses sont les solutions d’adaptation offertes à l’agriculture qui présentent parallèlement un avantage en termes d’atténuation; faciles à mettre en œuvre, elles peuvent être adoptées sans délai. Les secteurs de l’agriculture et de la sylviculture sont responsables à eux deux d’un tiers du total des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique et représentent les principales sources d’émissions de méthane et de protoxyde d’azote. Exploiter le fort potentiel d’atténuation qu’offrent ces secteurs est crucial si l’on veut atteindre un objectif ambitieux en matière de réduction des gaz à effet de serre.

C’est peut-être le captage du carbone dans les sols qui offre le potentiel le plus intéressant en termes de teneur en dioxyde de carbone. Les possibilités techniques d’atténuation dans l’agriculture, au niveau mondial, sont d’environ 5,5 gigatonnes par an d’équivalent CO2 en pourcentage d’ici à 2030, chiffre auquel le captage du carbone dans les sols peut contribuer à hauteur de 89 % environ. On peut s’attendre à obtenir une forte réduction de la teneur en carbone à un coût relativement modeste en gérant mieux les terres dans toutes les zones climatiques et dans une large gamme de systèmes d’exploitation (culture, pâturage et sylviculture (FAO, 2008b; FAO, 2009).

De nombreuses pratiques de gestion des terres peuvent régénérer les terres improductives, les sols et les écosystèmes pour favoriser l’augmentation de la teneur en carbone organique des sols tout en en améliorant la qualité et la santé. Citons à cet égard l’agriculture biologique, les méthodes culturales de conservation du sol, le paillage, les cultures de couverture, la gestion intégrée des nutriments (notamment l’utilisation de fumier et de compost), l’agroforesterie et une meilleure gestion des pâtures et des terres de parcours. Une meilleure gestion des nutriments permet également de réduire les émissions de protoxyde d’azote tout en favorisant le captage du carbone dans les sols.

Des pratiques de gestion durable des terres qui augmentent la teneur en carbone des sols offrent en outre de multiples avantages: augmentation de la fertilité du sol, amélioration de la biodiversité épigée et amélioration de la capacité du sol à stocker l’eau. Les modes de subsistance ruraux apprendront à résister aux changements climatiques en améliorant ou en stabilisant leur productivité, en fournissant divers services liés à l’écosystème et en inversant la tendance à la dégradation de l’environnement et à la désertification.

Conclusion

S’il est vrai que les changements climatiques touchent à plus d’un titre les petits exploitants, l’amélioration de la prévision du climat et l’utilisation judicieuse des informations climatologiques peuvent pousser toutes les parties concernées par la sécurité alimentaire, des agriculteurs aux pouvoirs publics, à adopter des mesures d’adaptation et d’atténuation avisées. L’agriculture a un fort potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui s’accompagne de multiples avantages en termes d’adaptation et de développement rural. Pourtant, les négociations sur le changement climatique n’ont pas suffisamment reconnu, jusqu’ici, la place centrale de ce secteur.

En juin 2008, la FAO a accueilli une conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale ayant pour thème «Les défis du changement climatique et des bioénergies». C’était la première fois que des dirigeants de la planète se rassemblaient pour examiner le problème concret posé par l’alimentation face aux changements climatiques. Ils sont convenus qu’il fallait aider de toute urgence les pays en développement à accroître les rendements, à faire progresser l’investissement dans l’agriculture et à s’attaquer au problème au moyen de mesures d’atténuation et d’adaptation.

Eu égard à l’augmentation constante des émissions de gaz à effet de serre et à la rapidité de la hausse des températures, les 20 prochaines années seront la période la plus décisive pour appliquer ces mesures. À l’approche de la quinzième session de la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), organisée à Copenhague, il est temps que la communauté internationale agisse pour lutter contre les changements climatiques tout en améliorant la sécurité alimentaire.

Remerciements

L’auteur tient à remercier ses collègues de la FAO, René Gommes, Claudia Hiepe, Reuben Sessa et Selvaraju Ramasamy, pour leurs observations au sujet du manuscrit.

Références bibliographiques

Lobell, D. B., M.B. Burke, C. Tebaldi, M.D. Mastrandrea, W.P. Falcon et R.L. Naylor, 2008: Prioritizing climate change adaptation needs for food security in 2030. Science, 319, 607-610.

Cline, W.R., 2007: Global Warming and Agriculture: Impact Estimates, Peterson Institute for International Economics, Washington, D.C., 207 p.

FAO, 2008(a): Changement climatique et sécurité alimentaire: un document-cadre, FAO, Rome (http://www.fao.org/ docrep/010/k2595e/k2595e00.htm).

FAO, 2008(b): The carbon sequestration potential in agricultural soils, communication présentée à la troisième session du Groupe de travail spécial sur l’action concertée à long terme (AWG-LCA3) de la CCNUCC, FAO, Rome (http://unfccc.int/resource/docs/2008/smsn/igo/ 010.pdf).

FAO, 2009: Enabling agriculture to contribute to climate change mitigation, communication présentée à la cinquième session du Groupe de travail spécial sur l’action concertée à long terme (AWG-LCA5), FAO, Rome (http://unfccc.int/resource/docs/ 2008/smsn/igo/036.pdf).

Gommes, R., T. El Hairech, D. Rosillon, R. Balaghi et H. Kanamaru, 2009: World Bank – Morocco study on the impact of climate change on the agricultural sector: Impact of climate change on agricultural yields in Morocco, FAO, Rome (ftp://ext-ftp.fao.org/SD/Reserved/Agromet/ WB_FAO_morocco_CC_yield_ impact/report/).

 

*   Division de l’environnement, des changements climatiques et de la bioénergie, Organisation des  Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

 

 

 

 

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