L’importance d’avoir accès à de bonnes données climatologiques

Par Kyra Bell-Pasht[1] et Dana Krechowicz[2]

Le temps a toujours exercé une grande influence sur l’essor du commerce et des villes. Mais les hypothèses qui servaient autrefois à prévoir les conditions météorologiques ne sont plus valables dans le contexte de l’évolution du climat. La prise de décisions est délicate pour les entreprises comme pour les autorités locales, régionales et nationales. Les données climatologiques sont souvent difficiles à obtenir, à comprendre et à utiliser. Les décideurs du secteur public et du secteur privé ont besoin d’informations accessibles, fiables et pertinentes pour accroître la résilience à l’égard des phénomènes météorologiques plus intenses et plus fréquents qui, selon les scientifiques, devraient accompagner le changement climatique.

Dans le monde entier, des experts participent à l’exploitation de modèles qui simulent le climat futur. Leur but est de produire les informations dont les décideurs ont absolument besoin pour anticiper les conditions futures, mais le résultat excède souvent la capacité de compréhension des utilisateurs finals et n’est donc pas intégré dans les politiques. Toutefois, sous la direction de l’OMM et avec le concours de partenaires, le Cadre mondial pour les services climatologiques (CMSC) améliore la fourniture au secteur public et privé d’une information climatologique spécialisée à l’échelle locale, régionale et nationale.

Les besoins du secteur public et du secteur privé 

L’information climatologique a une infinité d’usages, elle aide par exemple à élaborer des normes pour les habitations, les bâtiments commerciaux et l’infrastructure et à structurer et financer les activités commerciales. Elle est indispensable aux fonctionnaires qui gèrent les finances, les actifs (réseaux électriques, bâtiments, routes, etc.) et les services (interventions d’urgence, opérations de secours, etc.) pour le compte du gouvernement. Dans le secteur privé, les décisions concernant les sources d’approvisionnement, l’implantation des installations, les assurances requises, la santé du personnel et beaucoup d’autres aspects peuvent bénéficier d’une meilleure compréhension du climat à venir. Le secteur des assurances est relativement avancé en ce qui a trait à l’obtention de données climatologiques utiles à la prise de décisions. Mais, dans tous les secteurs, les entreprises doivent se préparer au changement climatique et elles bénéficieraient sans doute de services d’information adaptés à leurs besoins.

En règle générale, les responsables du secteur public comme du secteur privé souhaitent recevoir des données climatologiques qui donnent le plus de détails possible à l’échelle locale, sous une forme facile à comprendre et à intégrer dans le cadre décisionnel. L’information disponible dans la plupart des cas ne comble pas ces attentes. En outre, le coût des services climatologiques peut être trop élevé pour certains, qui ne peuvent alors prendre de mesures face au changement climatique.

Les utilisateurs potentiels de modèles climatiques se heurtent à d’autres difficultés. La plupart ne détiennent ni les compétences techniques voulues pour choisir le meilleur modèle (ou ensemble de modèles), ni les connaissances scientifiques nécessaires pour les exploiter; par ailleurs, les échelles offertes peuvent manquer de détail ou négliger les aspects locaux[3]. De plus, l’incertitude croît à mesure que diminue l’échelle des données issues des modèles, ce qui pourrait amener certains utilisateurs à rejeter l’ensemble de l’information et à opter pour des décisions qui, leur semble-t-il, auront peu de conséquences fâcheuses, comme ne rien faire.

Le monde des données climatologiques 

Un grand nombre de centres météorologiques nationaux et d’établissements de recherche exploitent des modèles du climat qui produisent des données intéressantes pour le secteur public et le secteur privé. Toutefois, les utilisateurs doivent savoir que l’information relative au climat futur n’est jamais définitive, elle comporte toujours une probabilité. S’il est possible d’accéder librement à beaucoup de produits, il faut disposer de compétences étendues et d’importants moyens de calcul pour exploiter ces modèles et analyser leurs résultats.

Le Projet de comparaison de modèles couplés (CMIP) réalisé par le Programme mondial de recherche sur le climat met, sans restrictions et sans frais, les produits de modèles à la disposition des utilisateurs qui sont en mesure d’en tirer parti. La dernière comparaison organisée au titre du CMIP a porté sur une vingtaine de modèles. Chacun présente des forces et des faiblesses: certains prévoient mieux les phénomènes tropicaux comme El Niño, d’autres la fonte des glaces dans l’Arctique. Puisque le meilleur modèle dépend dans une certaine mesure des besoins, les décideurs devraient être associés à la production de l’information climatologique.

La prestation de services climatologiques aux utilisateurs finals 

Par l’entremise du CMSC, l’Organisation et les Membres s’emploient à garantir la disponibilité de données climatologiques afin que les utilisateurs finals aient accès aux informations dont ils ont besoin sous une forme qui leur convient. La plate-forme d’interface utilisateur permet de tisser des liens entre les utilisateurs, les chercheurs et les prestataires de services climatologiques à l’échelle mondiale, régionale et nationale afin de combler les attentes en la matière. Au sein du CMSC, c’est la nécessité de prendre des décisions en fonction du climat qui pousse à élaborer conjointement des produits plus utiles.

Certains pays ont pris l’initiative de permettre le libre accès aux informations climatologiques exploitables. Aux États-Unis d’Amérique, par exemple, les autorités fédérales et les gouvernements des États – outre des instances telles que l’Administration américaine pour les océans et l’atmosphère (NOAA) qui diffusent des informations scientifiques sur le climat – financent six centres régionaux qui produisent des données climatologiques locales et aident les utilisateurs à exploiter cette information. L’initiative fédérale en faveur des données climatologiques comprend, autre autres, un portail unique en ligne dans le but d’élargir l’accès aux données et d’étendre la capacité de les utiliser.

Une étude de cas au Canada 

Au Canada, le Ministère de l’environnement est le principal producteur et fournisseur d’informations scientifiques et de projections sur le climat, mais rares sont les décideurs capables de déchiffrer et d’exploiter les données publiées. À l’échelon des provinces, la Colombie-Britannique et le Québec se sont dotés de leurs propres organismes indépendants de «services climatologiques». Financés en totalité ou en partie par des fonds publics, ils ont tissé des liens étroits avec les utilisateurs finals afin de bien comprendre les besoins et d’offrir des services d’information pertinents. Quelques municipalités, séparément ou ensemble, ont entrepris de se procurer leurs propres données climatologiques spécialisées.

Au début de l’année, le Commissaire à l’environnement de l’Ontario a organisé une table ronde[4] sur l’état des données climatologiques en Ontario et sur les moyens de répondre aux attentes des utilisateurs, dont il est ressorti les éléments suivants:

  • —Approbation de modèles régionaux – Il serait bon que des modèles climatiques locaux reçoivent une approbation officielle, afin d’aider les utilisateurs à s’orienter dans la mosaïque de données climatologiques fondées sur différents jeux de modèles ou obtenues par différentes techniques de réduction d’échelle. Il est possible toutefois que les gouvernements répugnent à choisir un modèle plutôt qu’un autre, par crainte d’être tenus responsables si les prévisions issues du modèle retenu s’avéraient erronées;
  • —Orientation – Certaines collectivités financent des organismes indépendants qui offrent des services d’information climatologique à un coût abordable et qui aident les utilisateurs finals à intégrer les données locales dans le processus décisionnel et la planification de l’adaptation. Les services ministériels à caractère scientifique peuvent aussi guider les utilisateurs finals par le biais de sites Web, de documents, d’ateliers ou de formations sur l’utilisation des données climatologiques;
  • Adaptation et communication – Une grande partie de l’information climatologique actuelle se présente sous la forme de données scientifiques brutes qu’il est difficile d’exploiter. Il faut la traduire en langage courant et la transmettre de manière qu’elle puisse être comprise et utilisée. Certaines organisations de services climatologiques recourent à des données historiques et à des anecdotes, par exemple «on patinait ici autrefois», pour susciter l’intérêt des utilisateurs finals;
  • —Mise en commun des ressources – Il est possible de ramener les modèles climatiques mondiaux et régionaux à une échelle plus fine – parfois d’un kilomètre carré – mais l’opération est trop coûteuse pour la plupart des utilisateurs finals. Ceux qui, seuls, n’en ont pas les moyens pourraient s’associer à d’autres ou demander l’aide des pouvoirs publics ou d’organismes sans but lucratif. Ainsi, les petites municipalités voisines pourraient mettre en commun leurs ressources afin d’obtenir et d’échanger des données climatologiques d’échelle réduite.

Une mission commune pour le secteur public et le secteur privé

Il incombe aux gouvernements de s’assurer que les communautés sont résilientes à l’égard de la variabilité et de l’évolution du climat et que le secteur public et le secteur privé ont accès à l’information requise pour s’adapter. En ce sens, le secteur public a une mission cruciale à accomplir. Pour sa part, le secteur privé détient des capacités sans pareil; il peut proposer des solutions innovantes pour mieux gérer les données climatologiques et pour créer des plates-formes interactives et conviviales qui élargissent la diffusion et améliorent l’utilisation des services d’information climatologique. Beaucoup d’entreprises sont des utilisateurs finals de données. D’autres sont des fournisseurs de services qui œuvrent indépendamment ou en partenariat avec le gouvernement.

Les dégâts causés par les phénomènes météorologiques de grande intensité augmentent; des décisions coûteuses sont prises chaque jour quant à ce qu’il faut construire et comment il faut construire, à partir souvent d’hypothèses dépassées sur le climat. Le coût de la recherche et de la coordination nécessaires pour produire une information climatologique fiable et utilisable doit être comparé au coût – et aux conséquences – de la prise de décisions malavisées.

[1]   Analyste des politiques et décisions (changement climatique), Commissaire à l’environnement de l’Ontario, Canada

[2]   Analyste principale des politiques et décisions (changement climatique), Commissaire à l’environnement de l’Ontario, Canada

[3]   Ryan Ness, M.Sc., P.Eng., Office de protection de la nature de Toronto et de la région, «Connecting the Dots on Climate Data in Ontario», Commissaire à l’environnement de l’Ontario, 2015, p. 12

[4]   Des vidéos de la table ronde et le rapport final, intitulé «Connecting the Dots on Climate Data in Ontario», peuvent être consultés sur le site: http://eco.on.ca/

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