La Chine se dote de systèmes d’alerte précoce axés sur les impacts et sur les risques

La Chine est l’un des pays les plus durement touchés par les conditions météorologiques. Entre 1984 et 2014, ces phénomènes ont provoqué en moyenne, chaque année, la mort de 4 066 personnes et des pertes économiques directes de 192,2 milliards de yuan (30,5 milliards de dollars É.‑U.) – 2 % du produit intérieur brut (PIB). Le coefficient de perte annuel moyen (pertes économiques directes/PIB annuel) est passé de 2,08 % au cours de la période 1984–2000 à 1,03 % entre 2001 et 2014, grâce à l’amélioration des mesures de prévention et d’atténuation des catastrophes. Même réduit de moitié, ce coefficient reste huit fois plus élevé que la moyenne mondiale (0,14 %) et trois fois plus élevé qu’aux États-Unis d’Amérique (0,36 %). En fait, il excède celui de tous les pays qui sont aussi gravement menacés par le temps. L’Administration météorologique chinoise (CMA) a donc décidé, en 2009, qu’il convenait de renforcer les services d’alerte précoce sur le territoire national.

Les vastes agglomérations chinoises, telle la mégapole de Shanghai, bénéficiaient déjà en 2007 de services d’alerte précoce multidanger pour prévenir les catastrophes, mais il s’agissait de services classiques reposant sur des seuils prédéterminés. Par exemple, si la hauteur de précipitation prévue pour une journée était supérieure ou égale à 50 millimètres, l’événement était classé dans la catégorie des tempêtes de pluie et une alerte précoce était déclenchée. La CMA a estimé en 2009 qu’un tel dispositif était insuffisant et que le pays avait tout intérêt à adopter un système qui tienne compte des impacts et des risques.

Depuis, la Chine a investi temps et argent pour mettre en place sur l’ensemble de son territoire un système d’alerte précoce qui permet de gérer et de réduire les risques de catastrophe posés par les conditions météorologiques. Ce système satisfait aux exigences du Cadre d’action de Hyogo pour 2005–2015: Pour des nations et des collectivités résilientes face aux catastrophes; il devrait réduire encore le nombre de décès et l’ampleur des pertes économiques imputables aux dangers naturels. Les avantages des systèmes axés sur les impacts et sur les risques apparaissent aujourd’hui concrètement dans le monde entier.

Évolution des systèmes d’alerte précoce dans le monde (Source: OMM, 2014)

Niveaux d’alerte de crue, de saturation et de crue soudaine axés sur les risques en Chine
 

Évolution des systèmes d’alerte précoce

Une couverture plus large par les médias et l’impression que le nombre de catastrophes augmente ont conduit la population à réclamer des informations qui lui permettent d’agir assez tôt pour protéger sa vie, ses biens et ses moyens de subsistance. Depuis une cinquantaine d’années, les gouvernements et le public ne veulent pas seulement savoir quel temps il fera, mais aussi quelles répercussions auront les conditions prévues, c’est-à-dire quels en seront les impacts socio-économiques. Le but, pour les uns comme pour les autres, est de réduire les risques de catastrophe.

Selon les directives de l’OMM concernant les services de prévisions et d’alertes axés sur les impacts, les Services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN) ne devraient pas se borner à fournir des informations sur le temps, mais indiquer aussi quelles conséquences le temps aura sur la population, l’infrastructure et l’économie. Ils devraient offrir des services qui ciblent les impacts socio-économiques, autrement dit recourir à des systèmes d’alerte précoce axés sur les risques.

Les services d’alerte précoce axés sur les risques exigent de déterminer quel sera l’impact d’un phénomène hydrométéorologique donné, en considérant simultanément la probabilité que le danger se réalise, la vulnérabilité (ou la fragilité) de la population ou de l’économie à cet égard et le degré d’exposition au danger prévu. En ce sens, les services d’alerte précoce axés sur les risques sont simplement des services d’alerte précoce axés sur les impacts auxquels vient s’ajouter la probabilité d’un danger. L’une de leurs grandes forces est la prise en compte explicite de l’incertitude. Ainsi, pour déterminer le risque encouru (autrement dit les impacts socio-économiques possibles), les niveaux d’alerte définis par la CMA incluent des facteurs liés à l’incertitude, à la vulnérabilité et à l’exposition (WMO, 2014).

Aspects techniques de la mise en œuvre

En 2011, les chercheurs de la CMA ont défini les quatre étapes techniques nécessaires pour passer des prévisions météorologiques de nature générale aux services d’alerte précoce axés sur les risques, à savoir: l’étude des risques, la détermination des seuils des paramètres associés aux catastrophes, l’estimation et la prévision quantitatives des précipitations et l’évaluation des risques.

Étude des risques: Elle sert à recueillir des informations hydrométéorologiques et à analyser l’exposition et la vulnérabilité à l’égard des catastrophes. En coopération avec d’autres organismes gouvernementaux, la CMA a entrepris en 2012 d’étudier les risques de crue dans les bassins versants de petite et moyenne dimension ainsi que dans les secteurs ayant déjà souffert de crues soudaines, de glissements de terrain et de coulées de boue, afin de réunir des données de qualité sur les risques passés. La tâche devrait être achevée dans plus de 2 500 cantons à la fin de l’année 2015. Chaque canton doit remplir 42 pages de tableaux. Les informations sont ensuite rassemblées dans une base de données sur les catastrophes climatiques et météorologiques, qui précise les caractéristiques de 28 types d’événements et la nature des dommages et des pertes subis depuis trente ans dans de nombreux secteurs économiques – eau, agriculture, élevage, pêche, transports, électricité, communications, infrastructure, commerces, etc.

Détermination des seuils des paramètres associés aux catastrophes: Ces valeurs précisent la limite ou le niveau que des paramètres définis ne doivent pas dépasser. Elles reposent sur l’hypothèse que l’atteinte d’un seuil crée des conditions propices à une catastrophe et que la probabilité d’une catastrophe est donc élevée, tout comme le risque. La CMA a établi des normes et des niveaux d’alerte pour les crues fluviales, la saturation des sols en milieu urbain et les crues soudaines en zone montagneuse. Par exemple, une alerte bleue signale une hauteur d’eau liée à une crue fluviale; de même, des niveaux précis ont été fixés pour la saturation des sols en milieu urbain et les crues soudaines en zone montagneuse.

Estimation et prévision quantitatives des précipitations: La grande précision et la haute résolution spatiale et temporelle de l’estimation et de la prévision quantitatives des précipitations garantissent l’efficacité des services d’alerte. La CMA a mis sur pied un système d’estimation qui exploite les données d’un réseau d’observation automatique, complétées par les données de satellites et de radars. Les prévisions quantitatives des précipitations, offrant une résolution spatiale de 10 kilomètres et pouvant être produites en continu, 24 heures sur 24, sont disponibles dans l’ensemble du pays. À l’échelon des provinces et des villes, il est également possible d’obtenir des prévisions à échéance d’une heure qui présentent une résolution spatialed’un kilomètre, à partir des données continues de radars transmises toutes les 6 minutes.

Chine mise en serviceÉchantillon de l’étude des risques que mène la CMA dans plus de 2 500 cantons

Évaluation des risques: Cette tâche repose sur l’analyse de la répartition spatiale de chaque danger. L’exposition et la vulnérabilité des personnes, des biens et des éléments d’infrastructure sont cartographiées selon les méthodes préconisées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son cinquième Rapport d’évaluation (IPCC, 2014). L’actualisation de l’évaluation des risques est cruciale pour estimer la probabilité et les conséquences d’une catastrophe liée au temps ou au climat. Par ailleurs, l’analyse des pertes subies dans le passé précise l’ampleur spatiale, l’intensité, la fréquence et la durée des événements en cause. Par exemple, les données historiques sur les crues déclenchées par des précipitations dans un secteur particulier aident à estimer les pertes que pourrait causer une nouvelle catastrophe. Selon son calendrier de travail actuel, la CMA aura terminé la cartographie des risques dans les 2 500 cantons d’ici à la fin 2018 et offrira des services d’alerte de crue axés sur les risques dans l’ensemble du territoire avant 2018.

Diffusion de l’information

Un système d’alerte précoce axé sur les risques ne saurait, en soi, répondre aux attentes de la population ou du gouvernement qui veut savoir quelles répercussions auront les conditions météorologiques prévues. Il faut encore communiquer l’alerte, puisqu’une information n’a de valeur que si elle parvient aux bonnes personnes, si elle est bien comprise et si elle permet de prendre à temps des décisions avisées. La diffusion de l’information est essentielle et l’on doit disposer pour cela de systèmes efficaces qui fonctionnent 24 heures sur 24, 365 jours par an. La communication des alertes aux autorités et au public est une responsabilité nationale.

La CMA, en coopération avec les départements et organismes gouvernementaux intéressés, a mis sur pied un système d’échange et de communication d’informations sur les situations d’urgence. Le succès de ces mesures est stupéfiant:

  • — Les chaînes locales et nationales de télévision diffusent au-delà de 5 000 prévisions météorologiques chaque jour;
  • — Le site Weather China (www.weather.com.cn/) est consulté plus de 26 millions de fois par jour;
  • — La chaîne de télévision China Weather parvient dans 314 villes;
  • — Plus de 100 millions de personnes sont abonnées aux services météorologiques par SMS de la CMA;
  • — Plus de 88 millions de téléphones intelligents sont dotés de l’application météo de la CMA;
  • — En moyenne, 50 millions de personnes composent chaque mois le numéro de téléphone des services de la CMA (12121);
  • — Au-delà de 13 millions de personnes suivent les quelque 700 comptes officiels de microblogage et de discussion en ligne de la CMA.

Dans les zones rurales où l’infrastructure de communication est moins dense, la CMA a étendu son réseau de diffusion, qui compte maintenant 485 000 présentateurs à la radio publique, 144 000 écrans d’affichage électronique et 78 000 stations d’information météorologique, sans compter l’ouverture de huit stations radio sur le temps en mer.

La communication de l’information aux autorités est encore plus importante. L’objectif premier d’un système d’alerte précoce est de permettre aux organismes compétents d’élaborer des mesures appropriées de préparation et d’intervention d’urgence qui permettront d’éviter ou de limiter les impacts des phénomènes météorologiques et climatiques dangereux. Il est crucial, à cette fin, de bien connaître les voies hiérarchiques et les processus décisionnels. Par ailleurs, toutes les parties prenantes doivent avoir une bonne compréhension des risques et des impacts associés aux dangers.

Il convient d’établir, de l’échelon national à l’échelon local, des protocoles et des procédures d’urgence qui définissent clairement les rôles et les responsabilités de chacun. La CMA a instauré un mécanisme de réunion avec les coordonnateurs de 29 ministères et départements et s’est dotée de lignes de communication spécialisées avec 17 ministères et provinces. De concert, ces intervenants ont mis en place un système conjoint de diffusion et une procédure d’échange d’informations en cas d’alerte. Un dispositif d’assistance météorologique, advenant de vastes opérations de secours, existe également entre les ministères chargés du territoire et des ressources, des transports, de la santé et de la sécurité publique.

Cadre politique et législatif

Un autre aspect crucial est de donner un caractère officiel aux règles adoptées en les transposant dans le droit national. Les politiques et les lois visant les services d’alerte précoce doivent énoncer clairement les rôles et les responsabilités des différentes instances et autorités qui œuvrent à l’échelle nationale et locale, veiller à ce que cette information soit connue et soit comprise par tous les intéressés – en particulier la population exposée aux risques – et faire en sorte qu’un mécanisme soutienne et améliore le système d’alerte précoce.

Le Gouvernement chinois a entrepris de mettre en œuvre le système de gestion des risques de catastrophe météorologique et climatique et a instauré un dispositif national de gestion au profit de la prévention, de l’atténuation et de l’intervention d’urgence. La formulation et la révision des plans d’urgence, ainsi que l’affinement des systèmes de prévention et d’atténuation des catastrophes, ont conduit à intégrer divers mécanismes et éléments de politique additionnels. En outre, le Gouvernement a formulé et appliqué de nouvelles lois et réglementations, dont la Loi de la République populaire de Chine visant l’intervention d’urgence, la Loi de la République populaire de Chine visant la maîtrise des crues, les Règlements touchant la prévention des catastrophes de nature météorologique et les Règlements touchant les secours en cas de catastrophe naturelle, qui ont étoffé le cadre législatif et le processus décisionnel en matière de gestion des risques de catastrophe liée au temps et au climat.

Les services d’alerte précoce de crue axés sur les risques dans l’Anhui

Le système d’alerte précoce axé sur les risques commence-t-il à produire des résultats en Chine? En voici un exemple dans la province de l’Anhui, l’une des premières à bénéficier d’un tel système opérationnel pour les crues. Selon les prévisions établies par le Service météorologique provincial, la période allant du matin du 5 juillet au 8 juillet 2013 serait marquée par des pluies abondantes accompagnées de fortes averses, d’orages et de coups de vent. On attendait, dans le centre et le nord de la province, des précipitations d’une hauteur totale de 180 à 260 mm, pouvant excéder 350 mm par endroits. La hauteur de pluie surfacique au-dessus du bassin de Datong a été déterminée à l’aide d’estimations et de prévisions quantitatives des précipitations. En rapprochant ces données du seuil de précipitation susceptible de causer une catastrophe (35 mm par jour) et d’informations sur les conditions hydrologiques et l’état du sol en surface, le Service météorologique a prévu l’inondation de plusieurs secteurs et a activé le système d’alerte axé sur les risques.

Le Service météorologique de l’Anhui a diffusé des alertes précoces deux fois par jour du 4 au 7 juillet. Il a procuré toutes les trois heures (soit à 33 reprises) des services spécialisés au Bureau responsable de la prévention des inondations et de la lutte contre la sécheresse, au Bureau chargé du territoire et des ressources et à d’autres organismes gouvernementaux. Les alertes sont parvenues à temps aux 2 500 personnes vivant dans des zones de faible altitude, des secteurs géologiques dangereux ou des maisons vétustes, qui ont été évacuées. Les fortes pluies, d’une hauteur égale ou supérieure à 100 mm, qui se sont abattues du 5 au 7 juillet ont provoqué de vastes inondations dans le bassin de Datong et ont causé des pertes économiques de 727 millions de yuan (113,65 millions de dollars É.‑U.). Mais, grâce au système d’alerte précoce axé sur les risques, l’événement n’a fait aucune victime.

L’objectif ultime

Le Cadre d’action de Hyogo, le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe (2015–2030), le Cadre de réduction des risques de catastrophe pour l’après-2015 et le Rapport d’évaluation du GIEC (IPCC, 2014) ont favorisé le remplacement progressif des systèmes d’alerte classiques par des systèmes axés sur les risques et sur les impacts. Les SMHN doivent suivre quatre étapes pour mener à bien cette démarche, à savoir l’étude des risques, la détermination des seuils des paramètres associés aux catastrophes, l’évaluation des risques et la cartographie des risques. L’objectif ultime est de réduire les impacts et d’atténuer les dangers. Le système d’alerte précoce axé sur les risques de la CMA, même s’il n’est pas encore pleinement opérationnel, répond aux attentes de la population et satisfait aux exigences du principal intéressé, le Gouvernement.

La modernisation amorcée en 2011 atteindra bientôt son but et l’ensemble de la Chine bénéficiera d’un système d’alerte précoce axé sur les risques. Dans toutes les provinces et tous les cantons, les bureaux de la CMA pourront procurer des services efficaces à la population locale et assurer la coordination avec les responsables de la gestion des situations d’urgence, sur place et à l’échelon national. Les systèmes d’alerte axés sur les impacts et sur les risques présentent d’énormes avantages potentiels. Surtout, les messages diffusés sont plus faciles à comprendre. On constate déjà qu’ils induisent une plus large réaction du public, ce qui améliore la protection des personnes et des biens. L’expérience acquise par la CMA lors de la mise en place de services d’alerte précoce axés sur les impacts et sur les risques pourrait être utile aux SMHN du monde entier.

Reference

CMA, 2015, Yearbook of climate related disasters China. Meteorological Press, Beijing (In Chinese)

IPCC, 2014, Climate change 2014: Impacts, Adaptation and Vulnerability. Part A: Global and Sectoral Aspects. Contribution of Working Group IIto the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. Cambridge University Press, Cambridge, United Kingdom and New York, NY.USA, 1132 pp.

SFDRR, 2015, http://www.wcdrr.org/uploads/Sendai_Framework_for_Disaster_Risk_Reductio..., until its adoption at the Third United Nations World Conference for DRR in March 2015 called “post-2015 framework for DRR”.

The Third National Assessment Report on Climate Change Committee, 2014, The Third  National Assessment Report on Climate Change. Science Press, Beijing (In Chinese)

Zhai Jianqing,  Su Buda, Li Xiucang, et al., 2014, Meteorological Disasters in China and Global. In Green Book of Climate Change:  Annual Report on Actions to Address Climate Change (2014). Social Sciences Academic Press, Beijing:.

WMO, 2014, Guidelines on Participation of National Meteorological and Hydrological Services in the WMO World Weather Information Service.

1 Deputy Administrator, China Meteorological Administration, the People’s Republic of China (PRC)
2 Director-General, National Climate Center, the People’s Republic of China (PRC)
Chief Scientist, National Climate Center, the People’s Republic of China (PRC)
4 Chief of Division for Public Services, Department of Disaster Risk Reduction, China Meteorological Administration, the People’s Republic of China (PRC)
5 Associate Professor, National Climate Center, the People’s Republic of China (PRC)

Share this page