Les services climatologiques destinés au secteur de l’énergie: nouveau domaine prioritaire pour le CMSC

Les systèmes de production d’énergie sont le moteur du développement économique et social. Les investissements réalisés à ce titre représentent une part importante du PIB d’un pays. De fait, l’énergie est indispensable au bien-être des populations dans pratiquement tous ses aspects, dont l’accès à l’eau, la productivité agricole, la santé, l’éducation, la création d’emplois et la protection de l’environnement. Ce secteur est aussi responsable de la plus grande part des rejets de gaz à effet de serre (GES), tel le CO2, dans le monde. Les objectifs de réduction des émissions fixés par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques devraient accroître fortement la demande d’énergie issue de sources renouvelables – particulièrement sensibles aux conditions climatiques – et la demande de mesures d’efficacité énergétique.

Les phénomènes météorologiques ont, de manière générale, une grande incidence sur la planification et l’exploitation dans le secteur de l’énergie. Cela vaut certainement pour les sources renouvelables telles que l’énergie éolienne, solaire et hydroélectrique et pour les réseaux de transport et de distribution d’électricité, mais les sources classiques peuvent elles aussi pâtir gravement de conditions extrêmes. Lorsque les informations sur le temps et le climat sont intégrées comme il convient, les systèmes de production résistent beaucoup mieux aux extrêmes météorologiques et aux effets de la variabilité et de l’évolution du climat. Par ailleurs, les services climatologiques peuvent favoriser l’utilisation de sources renouvelables.

Le Cadre mondial pour les services climatologiques (CMSC) a défini une stratégie qui vise à améliorer l’information procurée au secteur de l’énergie et à donner aux décideurs de solides outils pour analyser et gérer les risques imputables aux conditions hydrométéorologiques du moment ainsi qu’à la variabilité et à l’évolution du climat. Le Congrès météorologique mondial a décidé, en juin 2015, que l’énergie constituerait un nouveau domaine prioritaire pour le CMSC, venant s’ajouter à la santé, l’eau, la prévention des catastrophes et la sécurité alimentaire et l’agriculture. La stratégie montre comment la création et l’application de produits et de services ciblés, au sein du CMSC, peuvent soutenir les mesures destinées à accroître l’efficacité et à réduire les risques de catastrophe d’origine hydrométéorologique qui menacent la production d’énergie. On entend ainsi favoriser:

  • —       Une plus grande résilience et une meilleure adaptation au climat, compte tenu de l’importance cruciale que revêt le secteur pour le développement;
  • —       Une hausse de l’efficacité et une baisse de la consommation d’énergie, dans la mesure où le recul des émissions aidera à atteindre les objectifs d’atténuation;
  • —       Un recours accru aux sources renouvelables, qui apparaissent plus sensibles aux conditions climatiques, d’une part, et qui sont privilégiées en raison de la réduction des émissions de GES qu’elles permettent, d’autre part.

La Décennie de l’énergie durable pour tous n’est pas étrangère à la préparation de l’exemple représentatif sur l’énergie par le CMSC. La déclaration de principes qui l’accompagne appelle les pouvoirs publics, le monde des affaires et la société civile à œuvrer de concert pour que l’ensemble de la population ait accès à une énergie durable d’ici à 2030. Elle souligne l’importance que revêtent ces questions dans le contexte du développement durable et de l’élaboration du programme de développement pour l’après-2015. L’accès à l’énergie est intimement lié au bien-être et au développement car il a un impact direct sur la productivité, la santé, l’éducation et la communication.

Le Plan de mise en œuvre du CMSC (OMM, 2014) énonce ceci: «Au fur et à mesure de l’évolution naturelle du Cadre mondial, d’autres secteurs viendront se greffer au programme. À titre d’exemple, le secteur de l’énergie, dont chacun reconnaît l’importance en termes de développement durable, d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets, constituera probablement l’un des prochains domaines prioritaires. Ce secteur, particulièrement sensible aux conditions météorologiques et climatiques, recourt déjà très largement aux informations climatologiques.»

 Wilbanks, 2014)

Interactions between impacts of climate on the energy sector in relation to other sectors (Source: Wilbanks, 2014)

Le CMSC offre un excellent moyen, au sein d’un cadre général, d’orienter les investissements vers des ressources essentielles, telles que les plates-formes d’interface utilisateur, les services climatologiques, les observations, la recherche et le renforcement des capacités, qui viendront épauler la prise de mesures en faveur de l’adaptation et de la résilience dans le secteur de l’énergie.

Accroître la résilience du secteur à l’égard du climat

Il est difficile d’évaluer précisément les risques climatiques auxquels est exposé le secteur de l’énergie parce qu’on ne peut déterminer avec certitude l’ampleur des menaces, leurs répercussions éventuelles et le moment où elles se concrétiseront. De manière générale, le secteur doit renforcer sa résilience à l’égard du changement climatique par le recours à des solutions technologiques adaptées, l’intégration du climat dans la conception de ses systèmes, l’adoption de modes de gestion souples et l’élaboration de mesures de préparation et d’intervention en cas d’urgence. Bien qu’il n’existe pas de façon simple et unique d’atteindre ces objectifs vu la complexité du secteur, il est possible d’adopter un modèle qui illustre les différentes étapes d’un projet industriel type, de la planification à la construction, l’exploitation et la maintenance, sans négliger les aspects relatifs à l’équilibre de l’offre et de la demande. Un tel modèle devrait cadrer avec l’échelle temporelle, le degré de détail et l’exactitude de l’information météorologique et climatologique. Les étapes, ou centres d’intérêt, qui constituent les axes de la stratégie du CMSC pour le secteur de l’énergie et les besoins correspondants en matière d’information climatologique sont les suivants:

1.     Inventaire et évaluation des ressources – Besoin d’une information climatologique (données anciennes et projections) et d’une politique climatique pour établir une première évaluation des ressources énergétiques et de l’infrastructure requise et pour gérer les aléas et les risques liés au temps et au climat;

2.      Évaluation des incidences (y compris sur l’infrastructure et l’environnement) – Besoin d’une information météorologique et climatologique détaillée et ciblée (données anciennes et projections) pour élaborer des codes, normes, aménagements particuliers et directives qui aident à bâtir et à entretenir l’infrastructure (par exemple les centrales, les capteurs solaires ou les mines de charbon), y compris les réseaux de transport, de distribution et de transfert d’énergie. Il faut disposer également d’une information climatologique détaillée (données anciennes surtout) à l’échelle régionale et locale et d’une politique pour évaluer et atténuer l’impact des systèmes énergétiques sur le milieu environnant (modification de la qualité de l’air, etc.), la santé (particules dans l’atmosphère, etc.), les écosystèmes (centrales solaires, hydroliennes, etc.), la faune et la flore, ainsi que pour mesurer l’apport éventuel à la réduction des GES;

3.      Choix de l’emplacement et financement – Besoin d’une information climatologique très détaillée (données anciennes surtout) à l’échelle locale et d’une politique pour évaluer précisément les ressources, gérer les risques et mobiliser le financement;

4.      Exploitation et maintenance – Besoin d’une information climatologique et météorologique très détaillée (données anciennes, prévisions et projections) à l’échelle locale et d’une politique pour exploiter efficacement les installations et assurer la maintenance du site (éoliennes sur terre ou en mer, installations de forage, etc.);

5.      Intégration – Besoin de répartir, de manière équilibrée ou intégrée, l’énergie provenant de différentes installations afin de répondre comme il convient à la demande;

6.      Opérations sur les marchés (y compris l’anticipation de l’offre et de la demande) – Besoin d’une information météorologique et climatologique très détaillée (données anciennes et projections) et d’une politique pour utiliser efficacement l’énergie produite, grâce à un équilibre optimal de l’offre et de la demande, ainsi que pour déterminer le montant des régimes d’assurance visant à se prémunir contre la volatilité des marchés et/ou contre les risques qui menacent les actifs tels les parcs éoliens, les installations de forage et les réseaux de transport;

7.      Efficacité énergétique – Besoin d’une information climatologique très détaillée (données anciennes, prévisions et projections) et d’une politique pour utiliser efficacement l’énergie produite, grâce à des mesures telles que l’implantation optimale des installations ou l’emploi d’écrans qui réduisent le besoin de climatisation par forte chaleur.

La portée et le champ d’application de ce modèle montrent à quel point il est nécessaire d’analyser les projets passés et présents et d’en tirer des enseignements afin de mettre en lumière les pratiques à suivre, les lacunes à combler et les possibilités à saisir, toutes informations qui enrichiront les travaux conduits au titre du CMSC pendant de nombreuses années encore. Le CMSC est un cadre institutionnel qui aide à dresser un état des lieux, à normaliser et systématiser les pratiques exemplaires et à rapprocher les différents partenaires afin de répondre de façon novatrice aux besoins des utilisateurs par la gestion des risques climatiques. Il veille à faciliter et à structurer le processus qui doit conduire à intégrer les services climatologiques destinés au secteur de l’énergie.

 Wilbanks 2014)

Mettre à profit les compétences et structures existantes

La stratégie du CMSC en matière d’énergie énonce trois conditions (ou principes) pour une bonne mise en œuvre, qui exigent un engagement sans réserve de l’ensemble du secteur: producteurs d’énergie, exploitants de réseaux de transport et de distribution, sociétés de financement, compagnies d’assurance et gestionnaires des marchés. Ces acteurs interviennent à l’échelle locale, nationale ou régionale, parfois mondiale. Les conditions ci‑après doivent absolument être réunies pour favoriser l’adhésion de toutes les parties et faciliter la mise en œuvre conjointe de services climatologiques au profit du secteur de l’énergie:

1.      Dresser un état des lieux – Examen des activités en cours dans les domaines de la météorologie, de la climatologie et de l’énergie afin d’avoir une vision exacte de la situation;

2.      Harmoniser les activités – Coordination des activités pertinentes lorsque plusieurs parties prenantes le jugent bon; le CMSC n’a pas vocation à remplacer les activités en cours, mais à procurer une plate-forme de concertation permettant de mieux connaître les données, outils et politiques disponibles;

3.      Favoriser le processus – Création d’une base propice à la collaboration entre les acteurs du secteur qui ont besoin de services climatologiques améliorés; le CMSC facilitera l’exécution de nouveaux projets complémentaires.

Le CMSC entend procurer un mécanisme de coordination qui offrira aux acteurs du secteur de l’énergie un accès plus large aux compétences, informations, outils et politiques les plus pertinents en matière de climat. Si certains savent parfaitement exploiter l’information climatologique, la plupart ne peuvent se permettre de recruter des spécialistes du domaine. De même, grâce à la collaboration, les spécialistes de l’hydrométéorologie seront en mesure de mieux comprendre les besoins du secteur de l’énergie et d’y répondre. Quoi qu’il en soit, la collecte et l’échange d’informations sont de bons moyens de contribuer au rapprochement croissant entre l’énergie, la météorologie et la climatologie.

Le CMSC souhaite que sa vision et ses activités soient soutenues à l’échelle nationale, régionale et mondiale grâce aux partenariats en place, tout en évitant les chevauchements. Cela suppose de prendre activement part aux mécanismes, programmes et activités du secteur de l’énergie. L’information météorologique et climatologique est généralement bien comprise par les entreprises du secteur, mais elle tend à devenir plus large et plus complexe du fait des progrès scientifiques et technologiques. Le défi consiste à permettre une bonne communication entre les prestataires de services à caractère scientifique et les acteurs d’un secteur à caractère commercial. Des décisions seront prises, que l’on dispose ou non d’une information climatologique adéquate. Toutefois, l’amélioration des services fournis, grâce à la stratégie du CMSC, aidera le processus décisionnel en réduisant les risques ou en abaissant le coût des décisions.

Enfin, la prestation de services climatologiques ne sera fructueuse que si des partenariats et des mécanismes de collaboration sont officiellement établis avec les instances, organisations et institutions qui s’intéressent au secteur, dont ONU-Énergie, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, l’Agence internationale de l’énergie et le Conseil mondial de l’énergie, ainsi qu’avec les organismes qui travaillent à l’interface des questions énergétiques et climatiques. De manière générale, l’approche sous-jacente doit viser à exploiter l’information météorologique et climatologique dans le seul but de relever concrètement les défis qui importent pour le secteur de l’énergie. Si la souplesse est de mise, l’une des tâches essentielles du CMSC sera de veiller, dans un effort global d’orientation, à la création de partenariats qui associent le plus d’intéressés possible à la chaîne de valorisation – de l’exploration à la consommation. Ce genre de partenariats devrait intéresser et attirer un nombre croissant d’intervenants de l’industrie et produire ainsi de meilleurs résultats.

Contribuer à la transformation

Le secteur de l’énergie est un domaine complexe en proie à une transformation profonde, confronté à la diversification croissante des sources d’approvisionnement (large recours aux panneaux solaires sur les habitations, par exemple) et à une fluctuation accrue de la demande. Dans ce contexte, le temps et le climat deviennent des paramètres critiques pour équilibrer l’offre et la demande. Grâce à l’apport de services climatologiques améliorés, axés sur l’utilisateur, il ne fait aucun doute que le CMSC est en mesure de contribuer utilement à cette transformation. Une orientation et une coordination durables et efficaces sont toutefois indispensables pour que le secteur de l’énergie adopte et intègre les services climatologiques.

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