Rapport spécial du GIEC sur le réchauffement planétaire de 1,5 °C

Chaque fraction de degré a des conséquences.

On l'a décrit comme le rapport le plus important jamais publié par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) en 30 ans. Il est même qualifié de «sonnette d'alarme retentissante qui interpelle le monde».

En effet, ce rapport a fait les gros titres de la presse du monde entier avec son message frappant: limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C impliquerait de modifier de manière inédite tous les aspects de la société. Il insiste sur les grands avantages d'un réchauffement limité à 1,5 °C, au lieu de 2 °C ou plus, pour le bien-être des populations, les écosystèmes et le développement économique durable.

Le Résumé à l'intention des décideurs (33 pages) et le rapport associé ont été approuvés par les gouvernements membres du GIEC à Incheon (République de Corée), le 6 octobre. Fruit de la collaboration de 91 auteurs et éditeurs-réviseurs issus de 40 pays, il a été élaboré conjointement par les trois groupes de travail du GIEC (Groupe I: éléments scientifiques de l'évolution du climat; Groupe II: conséquences, adaptation et vulnérabilité; et Groupe III: atténuation du changement climatique) et cite plus de 6 000 références scientifiques.

L'OMM coparraine le GIEC, lauréat du prix Nobel, qui avait été invité à élaborer ce rapport lorsque les gouvernements ont adopté l'Accord de Paris sur les changements climatiques. Parmi ses objectifs à long terme, ce dernier prévoit de contenir l'élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l'action menée pour limiter l'élévation de la température à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels.

Le rapport du GIEC souligne que les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1 °C sont déjà bien réelles, comme l'attestent notamment l'augmentation des extrêmes météorologiques, l'élévation du niveau de la mer et la diminution de la banquise arctique.

D'après le rapport, du point de vue des lois de la physique, il est techniquement possible de limiter le réchauffement

à 1,5 °C, mais cela impliquerait de réduire les émissions mondiales de dioxyde de carbone d'environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d'ici à 2030 et d'atteindre un bilan nul en 2050. Or au rythme actuel des émissions, le seuil de 1,5 °C sera franchi entre 2030 et 2052 et le réchauffement dépassera les 3-4 °C d'ici 2100.

«Ce rapport des plus éminents climatologues constitue une sonnette d'alarme retentissante qui interpelle le monde. Il confirme que le changement climatique est plus rapide que nous- et que le temps presse» a déclaré Antonio Guterres, le Secrétaire général de l'ONU.

Le rapport recense plusieurs conséquences susceptibles d'être limitées si la hausse de température était plus faible.

  • Élévation du niveau de la mer: Le niveau de la mer continuera de monter bien au-delà de 2100, année à laquelle on estime qu'il sera supérieur de 26 à 77 cm au niveau de référence de la période 1986-2005 si le réchauffement planétaire est de 1,5 °C, soit 10 cm de moins que pour un réchauffement planétaire de 2 °C. Cela signifierait que jusqu'à 10 millions de personnes de moins seraient exposées aux conséquences de cette hausse, telles que l'intrusion d'eau de mer, les inondations et les dégâts aux infrastructures dans les zones côtières de faible altitude et les petites îles. Dépasser les 1,5 °C risquerait de rendre instables les nappes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique, ce qui pourrait occasionner une élévation de plusieurs mètres du niveau de la mer à des échelles de temps allant du siècle au millénaire.
  • Glace de mer: La probabilité que l'océan Arctique soit libre de glace en été serait d'une fois par siècle si le réchauffement est limité à 1,5 °C, mais d'au moins une fois tous les 10 ans s'il est limité à 2 °C.
  • Santé des océans: Limiter le réchauffement planétaire permettrait de ralentir la hausse de la température et de l’acidité de l’océan et la baisse des taux d’oxygène océaniques et, par conséquent, de réduire les risques auxquels sont confrontés la biodiversité marine, les pêcheries et les écosystèmes. Mais, avec un réchauffement de 1,5 °C, entre 70 et 90 % des récifs coralliens risquent de disparaître, et ce pourcentage passerait à 99 % si le seuil de 2 °C était franchi.
  • Biodiversité: Avec un réchauffement limité à 1,5 °C, les répercussions sur la biodiversité et les écosystèmes seront moindres, notamment pour ce qui concerne la disparition et l’extinction d’espèces. Néanmoins, des milliers d’espèces seront affectées. Selon les projections, 6 % des insectes, 8 % des plantes et 4 % des vertébrés devraient perdre plus de la moitié de leur aire d’extension géographique climatiquement déterminée en cas de réchauffement planétaire de 1,5 °C, en comparaison de 18 % des insectes, 16 % des plantes et 8 % des vertébrés en cas de réchauffement planétaire de 2 °C. Aux latitudes élevées, la toundra et les forêts boréales sont particulièrement exposées à une dégradation et à une disparition dues au changement climatique.
  • Phénomènes extrêmes: Les modèles climatiques prévoient des augmentations de la température moyenne dans la plupart des régions continentales et océaniques, des chaleurs extrêmes dans la plupart des zones habitées (augmentation du nombre de jours où la hausse des températures atteint jusqu’à 3 °C), une augmentation de fréquence, d’intensité et/ou de quantité des fortes précipitations dans plusieurs régions et une augmentation d’intensité et de fréquence des épisodes de sécheresse et de déficits de précipitations dans certaines régions. Il existe de grandes disparités régionales, avec un risque particulièrement élevé pour le bassin méditerranéen, l’Afrique subsaharienne et les petits États insulaires.
  • Bien-être humain: Selon les projections, les risques liés au climat pour la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau, la sécurité des personnes et la croissance économique devraient augmenter en cas de réchauffement planétaire de 1,5 °C, et même davantage en cas de réchauffement de 2 °C. Limiter le réchauffement à 1,5 °C plutôt qu’à 2 °C pourrait préserver 420 millions de personnes supplémentaires de l’exposition aux fortes vagues de chaleur.
  • Eau: Selon les conditions socio-économiques futures, par rapport à un réchauffement planétaire de 2 °C, un réchauffement de 1,5 °C pourrait aller jusqu’à diminuer de moitié le nombre de personnes exposées à une aggravation de la pénurie d’eau due aux changements climatiques.

Profils d’évolution des émissions

Les profils d'évolution qui limitent le réchauffement planétaire à 1,5 °C sans dépassement ou avec un dépassement minime exigeraient des transitions rapides et radicales dans tous les domaines socio-économiques. Selon le rapport, ces transitions systémiques sont sans précédent pour ce qui est de leur ampleur.

D'ici 2050, l'énergie primaire devrait être renouvelable à 50-66 % et n'être plus fournie qu'à 1-7 % par le charbon. Le passage à une énergie plus propre devra être accompagné par des progrès dans d'autres secteurs, notamment une meilleure gestion des terres et une agriculture, des transports et une alimentation durables.

Les émissions de CO2 issues du secteur industriel devront être inférieures d'environ 65 à 90 % en 2050 par rapport à 2010, comparé à une fourchette de 50 à 80 % pour un réchauffement planétaire de 2 °C. Ces baisses peuvent être concrétisées grâce à un ensemble de technologies et de pratiques nouvelles ou déjà existantes, telles que l'électrification, l'azote, les matières premières d'origine biologiques durables, la substitution de produits, et le captage, l'utilisation et le stockage du dioxyde de carbone.

Tous les profils d'évolution qui limitent le réchauffement planétaire à 1,5 °C sans dépassement ou avec un dépassement minime prévoient l'élimination d'environ 100 à 1 000 gigatonnes de CO2 au cours du XXIe siècle. Pour ne pas dépendre de l'élimination du dioxyde de carbone à grande échelle, il est nécessaire de commencer à diminuer les émissions mondiales de CO2 bien avant 2030.

Parmi les mesures actuelles et potentielles visant l’élimination du CO2 figurent le boisement et le reboisement, la remise en état des sols, le piégeage du carbone dans le sol ainsi que le captage direct dans l’air et le stockage du dioxyde de carbone. La plupart de ces mesures pourraient avoir des incidences considérables sur les terres émergées, l’énergie, l’eau ou les nutriments si elles étaient mises en œuvre à grande échelle. Le boisement et la bioénergie peuvent concurrencer d’autres utilisations des terres et avoir des incidences importantes sur les systèmes agricoles et alimentaires, la biodiversité et d’autres fonctions et services écosystémiques. Une gouvernance efficace s’avère nécessaire pour limiter ces compromis et garantir le maintien du carbone dans les réservoirs terrestres, géologiques et océaniques. L’efficacité de nouvelles techniques telles que la modification

L’efficacité de nouvelles techniques telles que la modification du rayonnement solaire reste à prouver à grande échelle, certaines étant même susceptibles de représenter un risque considérable pour le développement durable, est-il précisé dans le rapport.

 

Développement durable

Le titre complet du rapport est «Réchauffement planétaire de 1,5 °C, Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d'évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le contexte du renforcement de la parade mondiale au changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté».

 

Ce titre rend compte de l'importance de soutenir de façon globale et coordonnée le programme 2030 de développement durable, de prévention des catastrophes et d'adaptation au changement climatique.

Bien que des compromis soient possibles, un mélange d'options axées sur l'adaptation et l'atténuation et mises en œuvre de manière intégrée peut favoriser des transitions systémiques rapides dans les zones urbaines comme rurales. Les synergies et les avantages pour le développement durable sont nombreux (notamment au regard des objectifs de développement durable 3 (santé), 7 (énergie propre), 11 (villes), 12 (consommation et production responsables), et 14 (océans)).

Élément scientifique clé, le rapport sera au cœur de la Conférence sur les changements climatiques qui se tiendra dans la ville polonaise de Katowice en décembre et lors de laquelle les gouvernements feront le point sur l'Accord de Paris sur les changements climatiques grâce à un processus appelé dialogue Talanoa.

Une des principales conclusions du rapport est qu'une limitation du réchauffement planétaire à 1,5 °C et non à 2 °C minimiserait les effets, lourds de conséquence, sur les écosystèmes, la santé et le bien-être des populations, et qu'il serait ainsi plus facile d'atteindre les objectifs de développement durable définis par les Nations Unies et de réduire la pauvreté.

«L'adaptation au changement climatique n'est plus une option, mais bien une nécessité. Ce rapport montre clairement que plus nous attendons, plus il sera difficile et coûteux d'agir» a déclaré PetteriTaalas, le Secrétaire général de l'OMM.

«L'OMM redouble d'efforts pour renforcer les systèmes d'alerte précoce afin de protéger des vies, alors que le nombre de phénomènes extrêmes augmente. L'amélioration des services climatologiques permet de renforcer la résilience en matière de systèmes alimentaires et sanitaires, de planification urbaine et côtière, d'énergie, d'infrastructure et de gestion de l'eau» a-t-il conclu.

 

L'OMM soutient le GIEC

Le rapport Réchauffement planétaire de 1,5 °C est le premier d'une série de rapports spéciaux qui seront élaborés par le GIEC dans le cadre de son sixième cycle d'évaluation. L'année prochaine, le GIEC publiera le Rapport spécial sur l'océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique, ainsi que Changement climatique et terres émergées.

L'OMM continuera de soutenir le GIEC tout au long du Sixième cycle d'évaluation et elle intensifie le soutien scientifique qu'elle apporte dans les domaines de l'atténuation du changement climatique et de l'adaptation à ses conséquences, au moyen d'une nouvelle stratégie axée sur une approche du système Terre intégrée et «sans discontinuité» dans les domaines du temps, du climat et de l'eau.

Ces 20 dernières années, la climatologie a fait des progrès prodigieux pour ce qui est du fonctionnement du système climatique et de l'évaluation des interférences humaines. Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin de la science pour étayer les mesures d'adaptation aux extrêmes climatiques et à l'évolution du climat et pour nous aider à orienter les transformations nécessaires au développement durable.

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